par Thierry Herriot

Avertissement : ce texte ne restitue nullement un savoir sur la Psychanalyse, mais constitue plutôt un retour d'expérience qui n'engage que son auteur. Je n'aborde  aucune notion théorique au delà du strict nécessaire à la compréhension du sujet. Vous n'y trouverez donc pas de référence à des notions pourtant fondamentales comme le transfert ou le travail d'interprétation. Pour aller plus loin, je vous invite à consulter les articles proposés en liens.

Un ( petit )peu de Théorie

L’apport majeur de la psychanalyse est la découverte du refoulement.


Pour comprendre ce qu'est le refoulement, il faut d'abord se représenter notre psychisme comme une sorte d'espace intérieur dans lequel évoluerait notre conscience, notre moi, cette instance qui dit "je" lorsque nous parlons. Or l'espace psychique comprend des secteurs qui ne sont pas accessible à cette conscience : c'est ce que l'on appelle l'inconscient.

Pourquoi ?

Parce que quelque chose s’y oppose : les pensées sont bloquées. Elles sont tenues à distance souvent parce que la conscience ne sait pas comment les gérer. ( On parle là des pulsions.)

Comment ?

Par les mécanisme de ce qu'on appelle justement le refoulement. On dit qu'il y a "refoulement" quand des stratégies - dont on ne se rend pas toujours compte qu'elles existent - maintiennent certaines pensées dans un lieu où elles restent cachées, c'est à dire dans notre inconscient.

Certains de ces mécanismes font partie de notre quotidien et peuvent nous être bénéfiques.

Par exemple les rituels d’endormissement que tous les parents savent mettre en place le soir au moment du coucher : une histoire, une chanson, une petite lumière, qui chassent les monstres de la nuit et les maintiennent tapis dans les profondeurs de l’inconscient de l’enfant (et aussi de l’adulte !).

D’autres, en revanche nous font souffrir.

Nous avons - parfois - conscience de leur existence, mais nous ne pouvons pas les empêcher, même si ils nous privent de liberté, même si parfois ils deviennent envahissants.

Par exemple, pour ceux qui souffrent de TOC, ils savent bien qu’il est inutile, voire néfaste, de se laver les mains 50 fois par jour, ou de vérifier 20 fois si ils ont bien fermé la porte à clef en sortant, quitte à revenir sur leurs pas autant de fois. Mais quand ceux qui se sentent obligés à ces actions répétitives essaient de résister, ils courent le risque de voir émerger brutalement le contenu refoulé que tous ces petits rituels permettaient justement de tenir à ditance, comme pour le petit enfant face aux monstres de la nuit. Cela les terrifie et finit par les épuiser..



L’objet de la psychanalyse est donc de libérer ce contenu caché.

Cela a un double but:

–D’une part, libérer les contenus cachés permet de se débarrasser, parmi les mécanisme du refoulement, de ceux qui fabriquent les symptômes dont on souffre.

–D’autre part - et surtout - libérer les contenus cachés permet de se ré-approprier le contenu refoulé, qui fait partie de nous, et qui constitue une ressource insoupçonnée d'énergie.


Revenons à notre petit enfant que la maman endort le soir.

Plus tard, son grand frère va lui raconter des histoires qui font peur. Or les contes effrayants, à condition de ne pas être censurés par l’adulte, sont bénéfiques. Ils vont permettre au petit enfant, de se confronter par l'imagination - et donc sans danger - à ses propres pulsions. La grand-mère du petit chaperon rouge se fait dévorer par le loup : et oui,cela fait peur! Mais cela fait rire aussi, et plus tard l’enfant pourra utiliser cela dans ses jeux. « Je te tue ! Je suis mort… » mais c’est pour de faux... Et ça permet d'apprendre. Apprendre sur le monde. Apprendre sur les autres. Apprendre sur soi-même.

Car le jeu va pouvoir par la suite être modifié : il introduit ses propres règles, l'enfant apprend aussi à élaborer les siennes. Et tout cela aide à structurer sa pensée et lui permet de grandir. C’est l’apprentissage de la liberté, qui ne consiste pas du tout à faire n’importe quoi, mais plutôt à baliser, par des règles à la fois intéreures et extérieures, un chemin que l’on aura choisi.

Le travail de l'analyste consiste donc à donner voix à ces contenus cachés.

C'est un travail de libération, qui consiste à laisser s’exprimer des idées, des sentiments, des émotions parfois violentes. (sortez vos mouchoirs!)

Prenons un exemple :

Nous sommes en conflit


avec un voisin, ou ce collègue de travail qui nous harcèle ou qui nous opprime (ou avec la belle-mère !).

Nous sommes bien conscient de la colère qui nous anime, elle est légitime. Mais les répercussions de cette situation sont parfois disproportionnées et provoquent des troubles psychologiques (perturbations du sommeil ou de l’appétit, hypersensibilité émotionnelle, perte de confiance et d’estime de soi, cauchemars…) ou physiques (mal de dos, troubles digestifs ou cutanés…).

Notre ennemi a trouvé une faille et s’y est engouffré.

Car ce n'est pas la colère que nous ressentons contre ce voisin qui nous affecte le plus. En réalité, ce conflit a fait resurgir en nous des peurs, des frustrations, des pulsions violentes en relation certes avec le conflit actuel, mais aussi avec d'autres situations, passées la plupart du temps, souvent depuis longtemps, dont certains aspects sont occultés parce que trop douloureux.

Et le problème est que,devant la violence des émotions que nous ressentons aujourd'hui, les mécanismes de refoulement des véritables causes de notre malaise se renforcent. Nous sommes alors en proie à un combat intérieur qui nous épuise et qui à terme peut nous détruire. À l’extrême, cela peut entraîner des comportements autodestructeurs (comme les scarifications chez les adolescents), ou carrément des passages à l’acte radicaux et définitifs.

Heureusement, notre psychisme possède aussi des sortes de soupapes pour laisser s’échapper la pression : par exemple les rêves ou plutôt les cauchemars qui sont autant de fenêtres entrouvertes sur les contenus refoulés pour peu qu’on les raconte à quelqu’un d’autre.

Ainsi le travail avec le thérapeute peut commencer.

Il consistera à « détricoter » tous ces éléments, à déconnecter ces émotions des affects, des manifestations physiques et/ou psychologiques qui leur sont liés, en les laissant s’exprimer.

Ce travail thérapeutique permet de redonner à la colère engendrée par le conflit actuel ses juste proportions. Or une colère justifiée peut être une force, car elle nous pousse à des actions positives. Elle ne va plus nous consumer lorsque nous l'aurons désolidarisée du contenu pulsionnel inconscient qui la déforme. Nous pouvons donc l’utiliser pour mettre en place une stratégie que NOUS choisissons - nous retrouvons notre liberté de choix. Tout bien pesé, ce sera une stratégie de fuite (on déménage ! On n’entendra plus parler de ce voisin) ou d’affrontement (on prend un avocat, on alerte le médecin du travail, le syndicat…) Et cela parce que le meurtre n’a jamais rien résolu, pas plus que le suicide.

Au passage, nous aurons beaucoup appris sur nous-même, et il se peut que ce voisin irrascible nous aura finalement rendu service.

Sur quoi repose le travail de l'analyste?

L'analyste ne détient aucun savoirs préalable sur ce qui appartient à son patient – parce que chaque être est différent, chaque histoire est singulière. Donc, pour commencer, l'analyste vous écoute. Il cherche en même temps que vous, il apprend.

Deuxième point essentiel, en tant qu'analyste, il reste neutre : il ne se met pas à votre place, il ne vous juge pas, il ne vous donne même, à priori, aucun conseil.

Mais il reste bienveillant en toutes circonstances.

Cette neutralité permet au patient d’exprimer des idées qu’il n’aurait jamais pu formuler ailleurs, qu’il n’ose peut-être pas s’avouer à lui-même.

Bien sûr, l'analyste intervient. Son écoute est active : il interroge, pousse la réflexion, repère des schémas ou des associations d’idées qui vont permettre petit à petit de structurer cette recherche et d’en faire un travail d’élaboration.